Vanakam à toutes et à tous !

Direction l’Inde du Sud-Est ce mois-ci et Chennai, la capitale tamoule. Un sacré challenge pour moi puisque je m’apprête à vous offrir une introduction, aussi modeste soit-elle, à la littérature jeunesse en Inde. J’insiste ici sur le terme d’introduction parce que le pays est un continent à lui tout-seul tant il est vaste et pluriel. On y mélange les épices (ici tous les plats sont au massala du petit-déjeuner au diner, du thé au curry de légumes) mais aussi les langues (pas moins d’une vingtaine de langues officielles avec chacune un système d’écriture différent) et les arts. Et cela ouvre considérablement le champ des possibles.

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Premier constat : le marché de l’album jeunesse en Inde se développe. Il suffit de rentrer dans n’importe quelle librairie pour remarquer que la section jeunesse occupe une part non négligeable de la production livresque. S’il y a bien sûr de quoi s’en réjouir, il faut tout de même avoir en tête que la littérature jeunesse est comme Harvey Dent, double-face. D’un côté, vous avez les filiales des groupes éditoriaux anglo-saxons qui inondent le marché avec des titres très commerciaux et de licences internationalement connues. De l’autre, vous avez les éditeurs indépendants qui proposent des livres avec des référents indiens dans les thèmes choisis ou les types d’illustrations. Si une telle séparation existe dans tous les pays, elle est tout particulièrement marquée en Inde avec certaines librairies ne proposant que des ouvrages commerciaux ou des étagères séparées selon le type de livres. Pour ma part, je vais davantage vous parler de l’édition jeunesse indépendante indienne.

J’ai eu la chance de me retrouver un mois à Chennai. Si vous connaissez cette ville, vous devez me prendre pour une folle car Chennai est, à première vue, dépourvue d’attraits. Et pourtant, j’ai pu y découvrir trois éditeurs jeunesse indépendants complètement différents et qui reflètent bien toute la diversité de l’Inde.

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L’Inde a d’abord une tradition orale importante et son histoire s’est construite autour de nombreux contes et légendes. L’hindouisme, la religion majoritaire en Inde, y est pour beaucoup dans la continuité de cette tradition littéraire à travers le temps. Deux épopées mythologiques, le Mahabharatha et le Ramayana, ont longtemps influencé les récits indiens racontés en famille. Dans le nord de l’Inde, par exemple, à défaut de pouvoir vous rendre au temple, celui-ci venait à vous sous la forme d’un kaavad, un petit théâtre en panneaux de bois utilisé pour illustrer et inventer des histoires. Cette tradition du conte, on la retrouve aujourd’hui, en plus ludique, chez l’éditeur Karadi Tales qui tente de moderniser et d’actualiser de nombreux contes traditionnels indiens. Cela passe souvent par l’humour dans le texte, les illustrations mais aussi dans les enregistrements audio car de nombreux ouvrages sont disponibles en version audio.

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Karadi Tales a choisi de publier ses livres majoritairement en anglais. Si cette langue unit linguistiquement le pays, elle est aussi la trace du passé colonial indien. Aucune autre langue ne fait consensus. À Chennai, par exemple, c’est le tamoul qui prévaut et personne ne vous comprendra si vous commencez à parler en hindi. Pour toucher le plus grand nombre d’enfants possible à travers le pays, certains éditeurs n’hésitent pas à publier simultanément le même ouvrage en plusieurs langues. Tulika Books, un autre éditeur jeunesse basé à Chennai, propose ainsi certains de ses livres en pas moins de neuf langues différentes. Imaginez le travail de traduction qu’il y a derrière chaque livre. Un exemple : comment traduire fidèlement le nom d’un personnage dans des langues qui n’ont pas les mêmes sonorités ? Ou encore, comment retrouver les jeux de mots et de rimes d’une langue à l’autre pour une même histoire ? D’une région à l’autre de l’Inde, la vie quotidienne peut être si différente à traduire elle-aussi. Pour ma part, je n’ai jamais vu de pain naan au menu des restaurant ici à Chennai mais plutôt des dosai et des chapati (deux sortes de crêpes indiennes).

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Diversité des cultures qui implique inévitablement une diversité des arts. L’art fait partie de la vie quotidienne indienne, on le retrouve partout : sur les murs, sur les sols (avec les kôlams dessinés par les femmes chaque matin sur le seuil des maisons) ou sur les tissus. Chaque tribu indienne semble ainsi avoir développer sa propre forme d’expression artistique. La tribu des Gonds (dans le centre du pays) ne dessine qu’en lignes et points tandis que celle des Warli (près de Bombay) préfère les formes simples, géométriques, dessinées à la pâte de riz sur des murs ocres. La mise en valeur de ces traditions picturales multiples est au cœur du projet éditorial de Tara Books qui joue avec l’esthétique du livre et attache une attention à la fabrication de ces derniers. C’est le cas notamment pour leurs ouvrages imprimés entièrement à la main dans leur imprimerie selon le principe de la sérigraphie. Un travail colossal qui ne semble pouvoir exister qu’ici, en Inde. Plus généralement, l’illustration occupe une place très importante en Inde, où même les enfants prennent plaisir à lire des livres sans texte. La distinction auteur/illustrateur est plus marquée ici qu’en France avec peu d’artistes complets et les illustrateurs n’hésitent pas à expérimenter graphiquement notamment avec un goût prononcé pour les collages et le mixed-media.

 

Rendez-vous le mois prochain pour de nouvelles découvertes au pays des Kiwis: la Nouvelle-Zélande! !

À très vite,

Liens utiles :

https://vimeo.com/151117123

  • Site sur les différentes formes d’art indien (en anglais) :

https://www.deccanfootprints.com/collections/folk-tribal-art

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Le fabuleux voyage de Noémie

Le tour du monde du livre pour enfants. 8 mois pour partir à la découverte du métier d’éditeur à travers l’album jeunesse. Un appel à voyager à travers le livre, à partir à la rencontre d’autres cultures (littéraires) et à partager le quotidien des acteurs du monde des albums pour enfants. L’aventure se poursuit sur la page facebook de 7 lieues et un livre et Instagram.