Allô à toutes et à tous !

Que cela me fait tout drôle de me dire que nous sommes déjà rendus à la dernière escale de notre tour du monde de l’édition jeunesse : le Québec. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je profite de ce dernier post pour vous remercier d’avoir suivi cette aventure, car ce fut une sacrée aventure, et exprimer également ma reconnaissance à toute l’équipe de Little Urban qui a cru à ce projet dès le début et l’a rendu possible. Vous êtes top !

Avant mon retour en France, revenons sur notre dernier pays : le Québec. Le ton est tout de suite lancé, je parle du Québec et non du Canada. Le Québec a vraiment une identité particulière au sein du Canada, notamment du fait de son utilisation de la langue française. Évoquer la littérature jeunesse à Montréal, c’est être en plein dans les albums québécois et plus largement francophones. L’anglais n’est jamais bien loin mais je vais surtout vous donner quelques pistes de découvertes quant au marché du livre jeunesse francophone.

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L’album québécois se distingue par sa singulière liberté. Liberté dans les thèmes et dans les tons employés, l’humour paraît plus mordant ou plus absurde tandis que des sujets graves sont abordés sans concession. N’ouvrez pas ces livres, ils vont vous faire pleurer (de rire ou de tristesse). Certains titres annoncent ainsi la couleur d’emblée comme Le livre où la poule meurt à la fin ou encore Une histoire de cancer qui finit bien. Au niveau des illustrations aussi, aucune censure quant à la réalité de la vie : les enfants peuvent courir tout nus dans La Tribu qui pue et les doudous préférés des enfants s’autorisent un petit verre de rouge dans Pourquoi, un jour, il faut se résoudre à abandonner son nounours adoré.

Plus généralement, par rapport à la France, le livre perd un peu de son sacré et devient plus décomplexé, plus accessible peut-être aussi. À la Grande Bibliothèque de Montréal, les étagères de jeux vidéo font face à celles des livres audio et des « lectures faciles » sont proposées aux lecteurs les plus récalcitrants. Dans les rues de Montréal, le livre vient à vous avec de nombreuses petites maisons bibliothèques réparties dans la ville où il est possible de déposer des livres et de venir en récupérer gratuitement. Les catégories de livres sont mouvantes à l’image de la catégorie « albums pour adolescents » que j’ai pu rencontrer dans une des plus grandes librairies de la ville. Dans celle-ci, on trouve notamment de nombreux livres de l’éditeur montréalais La Pastèque, spécialisé en albums et en bandes dessinées. Celui-ci propose notamment des albums aux sujets durs et à la pagination importante plutôt destinés à un public plus mature que les albums jeunesse classiques.

Pourquoi une telle liberté ? J’avoue ne pas avoir forcément la réponse à cette question. Seulement quelques hypothèses, tout à fait discutables, me viennent en tête. Parmi elles, l’envie de se démarquer du voisin américain, un des marchés du livre jeunesse les plus puritains et conservateurs au monde. De nombreux illustrateurs évoquent par exemple l’obligation de retravailler leurs illustrations pour les adapter au marché américain, en rajoutant quelques morceaux de vêtements par exemple.

Une autre explication pourrait venir des subventions octroyées par la province québécoise et l’État canadien pour aider au développement de la création éditoriale locale et à sa distribution. Si le marché du livre québécois est encore surtout constitué de livres français, le financement des librairies se fait notamment sur des critères de représentation de la variété éditoriale locale. D’où une certaine incitation à proposer des livres québécois et des éditeurs qui osent plus expérimenter dans les thématiques ou les formes des livres.

Les Québécois sont faciles à reconnaître par leur accent, leurs mots et leurs expressions typiques. Malheureusement j’ai envie de dire, la parlure québécoise comme on la nomme ici est loin d’être représentée dans les albums jeunesse. Par soucis de viser un public le plus large possible, les éditeurs jeunesse québécois vont souvent retravailler les textes pour les rendre plus neutres et pouvoir les exporter dans d’autres pays francophones, dont la France. On remplace donc le mot « gougoune » par des « sandales de plage » ou encore le mot « glissoire » par un « toboggan ».

Un rapport à la France qui est donc un peu ambivalent, à la fois canal de rayonnement culturel du Québec à travers le monde et censeur qui va imposer sa langue correcte. La littérature jeunesse québécoise se veut un peu insolente, une sorte d’éternelle adolescente révoltée contre le monde entier et ses règles établies mais toujours dans l’air du temps.

Merci encore à vous chères lectrices et chers lecteurs.

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Le fabuleux voyage de Noémie

Le tour du monde du livre pour enfants. 8 mois pour partir à la découverte du métier d’éditeur à travers l’album jeunesse. Un appel à voyager à travers le livre, à partir à la rencontre d’autres cultures (littéraires) et à partager le quotidien des acteurs du monde des albums pour enfants. L’aventure se poursuit sur la page facebook de 7 lieues et un livre et Instagram.